Thomas Jarry,

par Iléana Cornéa

extrait du catalogue d'expo "Légendes Urbaines" (2006)

J'ai fait une école d'art appliqué. le jour où j'ai été refusé aux Beaux-Art, je me suis enduit de peinture noire et jeté contre les murs. Je ne le regrette pas . Aux Beaux-Arts on nous enseigne l' art conceptuel...  Quand Duchamp a placé l'urinoir à l'armory Show, c'était pour provoquer . Il en avait marre de l'art bourgeois...  En effet il en résulte des discours intéressants... Autant les écrire.

Sa blague dure depuis trop longtemps !

Moi, je voulais peindr.

Et peindre quelque chose pour être compris par tout le monde.

Je m'inspire de ce que je vois autour de moi . La rue, la ville . Les gens avec leur air abruti qui achètent dans les grandes surfaces...  Apparaissent mes pingouins qui poussent le Caddie et le personnage en boite de conserve qui les incite à consommer...  Les mêmes surgissent d'une toile à l'autre . Certains disparaissent pendant un ou deux ans . Parfois, un personnage se met sur le trône, se gratte le tête pour essayer de faire quelque chose mais...  il ne sait faire que de la peinture . Il arrive aussi que le trône soit vide . Surtout en ce moment politiquement fiévreux, la place du gouverneur est prise par un petit diable avec son sourire sympathique pour nous séduire...

J'aime la peinture abstraite .Un jour peut-être, j'enlèveraitous les pers onnages, je ne garderai que les fonds de mes toiles... C'est trop tôt pour l'instant

 

Thomas Jarry,

par Eric Mazure

extrait de "la bible de la figuation contemporaine" (2011)

La démarche et le parcours artistique de Thomas Jarry appartiennent à notre époque ; sa peinture n'est que le reflet et un témoignage d'une société qui nous assombrit : matière éclatée, traits durcis, destruction qui semble reprendre vie car elle rejoint l'utile et l'inutile.
Héritier de VILLEGLE, RAUSCHENBERG, WARHOL, BASQUIAT, ses œuvres décalées,cyniques, atypiques sont essentiellement influencées par la cité qui nous entoure et la violence qui l'accompagne et l'illustre : graffitis, affiches lacérées, taches immondes sur le sol d'une société en décomposition, médias "HYPNO", pingouin poussant des caddies vides ( rien dans le sac ! )
Thomas Jarry entreprend chaque toile comme un véritable chantier : architecte de ses fantasmes, il colle, déchire, dénature, recouvre, projette, défigure, détourne, laisse sa peinture couler au gré de ses émotions et de son obsession d'observer ce que nous sommes, peut-être, plus en mesure de regarder.

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